Face à l’insécurité : des propositions aux autorités

Depuis plusieurs mois, l’insécurité en Haïti a pris des proportions inquiétantes. Toutefois, des alternatives pratiques pourraient bien se révéler efficaces si d’aventure elles étaient envisagées. Qu’il s’agisse de remettre en question la volonté du leadership ou des capacités opérationnelles des différentes Directions, il demeure que la situation est définitivement intenable. J’espère que ces propositions seront tout au moins de nature à attirer l’attention des autorités sur la nécessité d’innover pour mieux agir.

Accentuer sur les bonnes pratiques de sécurité personnelle.

J’ai été informé d’une formation en autodéfense à l’initiative d’une association féministe, ce qui prouve que la société civile n’est pas restée indifférente. Toutefois, du côté des autorités, à part quelques communiqués non suivis d’actions : un silence aux limites de l’indifférence. Cette situation serait pourtant l’occasion pour les instances concernées de lancer une campagne nationale sur la sécurité publique, impliquant les institutions publiques, la société civile (écoles, parents…) et certainement, les médias.

Mettre à profit les avancées des communications numériques.

L’une des premières stratégies envisageables serait de disposer, suivant un protocole d’accord très faisable avec la Digicel et la Natcom, d’un numéro court gratuit (3333, 0404…) pour signaler les incidents liés à l’insécurité (vol, enlèvement…). Un centre de commande 24/7 directement lié aux autorités policières servirait de liaison pour le traitement des requêtes.

Parallèlement, comme suggéré par le Directoire de l’Observatoire du Numérique en Haïti (ObNH), une application mobile gratuite de vigie citoyenne pourrait permettre de signaler ces cas et de les documenter automatiquement (géolocalisation, photo et/ou vidéo). D’une part, la base de données serait directement liée à la DCPJ pour les suivis judiciaires, et de l’autre, les citoyens disposeraient en temps réel d’un mapping de tous les incidents ainsi que leur nature.

Approfondir l’utilisation des technologies

En utilisant le matériel approprié, il faut moins de 2 minutes pour géo localiser un appel téléphonique. Je proposerais que des certains fonds reçus pour le fonctionnement de l’institution soient employés à renforcer les capacités opérationnelles sur cette question. L’utilisation des SMS permet également de localiser (approximativement) un mobile à l’aide des tours d’antenne, ce qui peut constituer une précieuse information qui serait complétée par des stratégies de renseignement sur le terrain, notamment lors des cas d’enlèvement. Il faut donc doter l’institution policière des ressources technologiques adéquats.

L’institution policière doit être doté du matériel technologique adéquat.

J’envisageais également l’utilisation de drones de grade militaire. Pour approximativement le prix d’une Toyota Land Cruiser V8, on peut se procurer de ces appareils qui peuvent par exemple suivre furtivement un véhicule, une moto, même un ravisseur (grâce au thermal sensor) lors d’un échange contre rançon, même de nuit. Les possibilités offertes par ces drones, surtout en matière d’intelligence, surveillance et reconnaissance, sont multiples. Un modèle de base (micro UAV) peut facilement survoler Miragoâne en étant télécommandé depuis Port-au-Prince, avec une autonomie de 12 heures de vol. La moitié du Budget du carnaval 2020 pourrait doter chaque Direction départementale d’un appareil de ce genre, incluant la formation pour le personnel de la PNH.

Des drones de police utilisés dans l’Etat de Connecticut

Envisager de nouvelles mesures

Pour avoir beaucoup circulé de nuit à Port-au-Prince, mais aussi à travers tout le pays, j’ai compris que certains points de contrôle, quoique stratégiques, sont trop prévisibles : on les connaît tous finalement. Si bien que lorsque je suis pressé, je sais quel itinéraire emprunter pour éviter de me faire ralentir par les patrouilles. Les bandits ne sont pas dupes non plus. Une bonne approche selon moi serait de placer les points de contrôle de manière aléatoire.

La PNH pourrait aussi exiger par exemple qu’à moins de 25 mètres d’une patrouille de Police, toutes les vitres, teintés ou pas, doivent être complètement baissées, quel que soit le véhicule. (On peut excepter les diplomates). Cela faciliterait considérablement le travail des agents et aiderait grandement à combattre le kidnapping.

Enfin pour ce billet, je pense que d’autres méthodes de vérification sont envisageables. Ce n’est pas en vérifiant [uniquement] le permis de conduire ou la police d’assurance d’un conducteur à 11h PM que vous luttez efficacement contre l’insécurité. Il faut aussi poser des questions improbables. On peut par exemple demander à chaque occupant du véhicule leur adresse, leur destination, où est-ce qu’ils se sont connus, lien de parenté avec le propriétaire du véhicule… (même plusieurs fois, mais différemment la même question, dans le souci de vérifier la cohérence des discours).

Je reconnais somme toute que depuis plusieurs années, la Police Nationale, quoiqu’en proie à d’inquiétantes difficultés, est la seule institution qui nous protège et qui malgré les conditions difficiles, réalise un travail remarquable. Espérons que le leadership fasse montre de sagesse dans la gestion de cette crise qui affecte l’institution.

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