Tuesday, December 10, 2019
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Haïti : que fit la nation après la dissolution du Parlement ?

Par Max Guybert Lyron | Illustré | Lecture: 7mn30s Au mois de juillet 2018, au lendemain d’un mouvement populaire annoncé,…

By Max Guybert Lyron , in Gouvernance Société , at July 26, 2018 Tags: , , , , ,

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Illustration | Urbanisation à Singapour

Par Max Guybert Lyron | Illustré | Lecture: 7mn30s

Au mois de juillet 2018, au lendemain d’un mouvement populaire annoncé, mais que personne n’avait vu venir, soulèvement qui d’ailleurs allait être suivi de la démission certes tardive, du Gouvernement, un Sénateur, ayant reconnu la “nature mauvaise” des parlementaires, avait proposé à ses collègues, la piste d’une démission en bloc pour, je cite, “un nouveau projet de société”.

Sénateur Nenel Cassy | Voix de l’Amérique

A un moment où ce Parlement était décrié, cible d’une variété de scandales bien assortis, tant au niveau de sa raison d’être que de son fonctionnement, c’était bien l’expression “projet de société” qui a retenu mon attention et qui aujourd’hui, me pousse, non seulement pour la vérité, mais aussi pour l’Histoire, à relater les faits, tels qu’ils se sont déroulés depuis.

C’est ainsi que, suite à la “fixation des responsabilités” et devant la situation de crise chronique que connaissait le pays à l’époque, conscient que le Parlement — comme l’avait fait remarquer cet honorable Sénateur — n’avait rien fait pour empêcher le fléau de corruption et de gaspillage qui sévissait au sein de l’Etat, les Parlementaires avaient favorablement accueilli l’invitation de leur collègue.

Certes, 60 années ont passé, Ayiti est devenu ce qu’il est aujourd’hui et je suis au regret de constater que toute cette génération a probablement oublié son histoire… Avant de partir pour l’au-delà, je crois opportun de rappeler au monde entier, ainsi qu’à mes petits-enfants, le cheminement historique qui a conduit à ce joyau de pays qu’ils habitent aujourd’hui. Pour ceux qui ne sont pas de ma génération et qui l’ignoraient, voilà donc ce que fit donc la nation au lendemain de la dissolution du Parlement.

1 semaine après la dissolution, dans sa souveraineté, le référendum d’initiative populaire avait proclamé la suspension des États Généraux Sectoriels initiés par le Président de la République, et lancé La Concertation Nationale avec vraiment la participation de tous les secteurs. Guerre sémantique ? Non. Pour une fois j’ai été en présence d’un peuple haïtien qui savait pertinemment ce qu’il voulait.

1 mois après la dissolution, pour mettre en œuvre la Concertation Nationale, le Comité de pilotage avait créé un site web participatif pour les habitants des villes et de la diaspora, et parallèlement ont institué les Comités Communaux (tous avec des rapporteurs) pour les paysans. 10 axes sectoriels ont été identifiés et 10 énoncés d’actions stratégiques proposés pour chaque axe, desquels chaque citoyen devrait choisir 3, afin de fixer les priorités nationales. (Je me rappelle comme hier l’euphorie du peuple, lorsque les propositions de nationaliser toutes les terres, et encore de suspendre les franchises ont été validées)

3 mois après la dissolution, pour avoir investi ce qui restait du budget du Parlement dans la mise en œuvre de la Concertation Nationale, avec 37% alloués à la sensibilisation, on avait des résultats contre toutes attentes : 5 millions d’haïtiens avaient activement participé aux débats présentiels au niveau des Comités Communaux dont les ateliers ont eu lieu dans les écoles, les églises, les bases, quartiers populaires, les stades… 3,2 millions de citoyens ont participé en ligne (ici et dans la diaspora). Alors âgé de 26 ans, je n’avais encore vu pareille velléité ou mobilisation de la part des Haïtiens de mon vivant !

6 mois après la dissolution du Parlement, la diaspora, à travers les organisations phares comme GRAHN-Monde, s’est engagée à identifier les professionnels et experts haïtiens où qu’ils soient sur la planète et a pu les réunir autour de ce projet de société qui se dessinait. 14,768 professionnels compétents et qualifiés (dont le Doyen de la Faculté des Sciences et des Arts d’Harvard à l’époque) se sont engagés à revenir au pays pour cette mission sans précédent.

8 mois après la dissolution du Parlement, les grandes lignes de ce renouveau prenaient forme. Après d’intenses séances de travail et consultations, la restitution a conduit au Manifeste de la Concertation Nationale, un document de 77 pages,  je me rappelle bien, élaboré pour la première fois, avec la participation de TOUS les haïtiens. Quoique diffusé en direct, je me souviens qu’aucun étranger n’était autorisé à assister à la cérémonie de restitution. C’était une question haïtienne. Plusieurs ambassadeurs se sont vu refuser l’accès à la salle. Ce qui avait été très mal vu par l’international.

9 mois après la dissolution, plusieurs ambassades se sont prononcés, à travers entre autres des communiqués, ce qu’ils ont qualifié tantôt de “démarche obscure”, tantôt d’atteinte aux acquis démocratiques”. Cela n’a point empêché la mise en œuvre de ce livre blanc de notre projet de société : le Manifeste de la Concertation Nationale (dont je garde encore une copie de la première version, imprimée il y a maintenant 60 ans). La Première action à entreprendre était l’élaboration d’une nouvelle Constitution baptisée la Constitution de la Concertation.

1 an après la dissolution, les travaux de rédaction de la Nouvelle Constitution ont débuté. Les réactions de l’international fustigeant la démarche haïtienne venaient de toutes parts. Les “experts” de l’OEA, de la CARICOM, du FMI nous ont prédit un sort similaire à celui d’Israël si Haïti persistait dans cette rébellion. Mais tout cela n’a fait qu’accélérer le Plan Stratégique de Développement 2020-2050.

 1 an et 6 mois après la dissolution, la Constitution de la Concertation est adoptée. C’est à ce moment que la République d’Haïti est officiellement devenue République Fédérale d’Ayiti. Le pays est réparti en 3 régions ayant à leur tête un Gouverneur : le Nord, le Sud et le Centre. 41 députés, non habilités aux charges municipales, mais représentant les différents arrondissements, constituent la Chambre des Représentants, et 9 Sénateurs, exercent désormais la fonction de contrôle de l’Exécutif. Le Président est assisté d’un Vice-président désigné par lui, et qui a le rôle d’administrer un Gouvernement avec 12 ministères. L’appareil judiciaire s’est vu rénové.

1 ans et 9 mois après la dissolution, j’ai pleuré d’émotion quand nous nous sommes entendu que tous les dossiers judiciaires, les grands contentieux nationaux (PetroCaribe, Massacres…) étaient, au nom d’un dépassement populaire et des intérêts supérieurs de la nations, classées suspendus pour 30 ans ! Il a été toutefois décidé que tous ceux qui ont dirigé le pays durant les 40 dernières années (PM, Ministres, DG, SE, …) ne pourraient de quelque manière participer à la gouvernance du pays avant cette période. La population a même publié sur le Portail National de la Transparence une liste ratifiée de 956 personnalités interdites de prendre la parole en public pendant 10 ans, pour le bien des générations futures. Intégrité, honnêteté et compétence riment désormais avec gouvernance en Ayiti.

2 ans après la dissolution du Parlement, le Plan stratégique 2020-2050 est finalisé, distribué dans toutes les écoles, dans les zones rurales, vulgarisé sur tous les sites web en Haïti et dans la diaspora, et du coup, mis en œuvre. La pression internationale étant à son comble, Haïti a songé à revoir radicalement ses relations diplomatiques dont beaucoup ont été coupées. Des ambassadeurs sont rappelés. Le dollar grimpe. Le nouveau Président de la 2e République, dite de la Concertation, est élu. Malgré les difficultés, il a le plein appui du peuple qui avait alors compris que c’était le prix à payer.

2 ans 6 mois après la dissolution, les grandes décisions du plan stratégique 2020-2050, traduisant l’expression de la volonté de chaque Ayitien, commencent à se faire sentir. On avait comme l’impression à ce moment-là, que toutes les frustrations profondément enfouies s’étaient extériorisées pour être volatilisées et laisser la place à une liberté responsable. Des slogans comme “Koupe Tèt, Boule Kay”, “Mache pran yo” … entre autres, ont été bannis par le référendum.

3 ans après la dissolution, Haïti a signé de nouveaux accords avec la Chine et l’Union Africaine. La BID, l’UE, le FMI ont fait pression. Haïti n’a pas cédé. Je ne sais pas trop pourquoi, mais je me souviens qu’on a même accéléré la dévaluation de la Gourde et initié une production nationale sans précédent. Beaucoup de produits étaient également interdits d’importation sur le territoire national.

3 ans 6 mois après la dissolution, Ayiti met en place un service d’intelligence qui deviendra des plus avancés de toute la région, et mobilise l’armée avec tous les jeunes volontaires âgés d’au moins 15 ans. 17,000 jeunes soldats sont formés ici en Ayiti par des instructeurs venus de l’Equateur, le Venezuela, la Russie, et l’Afrique, avec notamment des tireurs d’élite, des soldats de la marine et de l’armée de l’air, mais aussi de l’espace cybernétique (pour les plus compétents). On a signé avec la Russie et l’Allemagne un accord tripartite sur 20 ans pour l’armement et les équipement militaires.

Le Rwanda et le Sénégal, à travers le Programme de la Solidarité Ayitiano-Africaine, ont approuvé l’idée de construire, en 5 ans, 6 lycées et 3 campus Universitaires aux normes, pouvant accueillir chacuns, respectivement 18,000 élèves et 32,000 étudiants chaque année. Une nouvelle Loi consacre 30% de temps de diffusion des médias aux documentaires, programmes éducatifs et civisme, 20% aux débats sur le plan stratégique 2020-2050.

Suite au changement de l’ensemble du personnel stratégique du Gouvernement et des agents publics, plusieurs franchises sont suspendues. Les ports et les bureaux de douane commencent à fonctionner suivant les tarifs réguliers et une légalité inquiétante. La nationalisation des terres aidant, les impôts sont régularisés pour tous. Les recettes augmentent de 127%.

Beaucoup d’entrepreneurs ont menacé de laisser le pays. Comme première conséquence, je me rappelle que 4 autres compagnies de téléphonie dont T-Mobile (malgré les mises en garde du Gouvernement américain) ont accepté d’investir en Ayiti en offrant une promotion de services totalement gratuits pendant 1 an, et implémentent la technologie 5G. Des chaînes et multinationales expriment de plus en plus leur intention d’investir en Haïti. Toyota propose de construire toutes les routes secondaires de pays, en échange d’une exclusivité pendant les 40 prochaines années.

4 ans après la dissolution du Parlement, une Banque Chinoise investit 4.5 milliards de dollars pour la construction d’une route nationale inter région, reliant Ouanaminthe à Jérémie. Ayiti a accepté en échange l’exclusivité de entreprises Chinoises le long de la route, pendant 25 ans. Deux aéroports internationaux sont construits dans le Nord et le Sud, dont la plus grande des Caraïbes.

Dans le cadre d’un partenariat entre Ayiti et l’Estonie, à travers le ministère des Technologies et de l’Innovation, l’Estonie a proposé d’implémenter en Haïti, un système éprouvé de Gouvernance électronique intégrée avec un nouveau programme d’identification à la naissance. Le Portail National de la Transparence, grâce à la Loi sur l’Accès à l’Information, permettait à n’importe quel utilisateur de consulter l’évolution des dépenses de l’Etat, dans chaque secteur, au centime près. Les experts commencent à prévoir qu’Ayiti sera un modèle de transparence pour toute la région.

5 ans après la dissolution du Parlement, le Gouvernement, qui, dès la première année du Plan stratégique 2020-2050, avait octroyé 232 bourses d’études de niveaux maîtrise et doctorat à travers des programmes spéciaux d’échange dans les domaines clés (ingénierie civile, architecture, informatique, intelligence artificielle, robotique, aviation, cyber sécurité, défense, nano médecine, agriculture…) commença à intégrer les nouveaux experts dans l’administration publique.

Entre temps, des 3 candidats aux élections, le Président est réélu à 82.2% des voix. Sa feuille de route pour le quinquennat avait déjà été prévu par le Plan stratégique. Satisfait de la première phase de développement agricole qui a contribué à la réduction de 59% des prix des denrées locales, la population réclame le Vice-président qui est reconduit pour un second mandat de 5 ans.

Ces partenaires internationaux qui avaient critiqué le choix d’Ayiti et prédit le chaos, commencent à féliciter la nouvelle impulsion qu’ils refusent d’attribuer à un choix national, en essayant plutôt de capitaliser sur leur appui. Les grandes banques internationales (FMI, BM…) proposent d’annuler les dettes d’Ayiti. Le Président refuse. C’est à ce moment que nous nous sommes sentis Ayitiens dans notre âme et fiers de l’être…

10 ans après la dissolution du Parlement, on se croirait dans un rêve. Une coalition internationale de grands investisseurs est constituée pour investir en Ayiti, la nouvelle économie de la région (Tesla, Apple, General Electric, Samsung, …). Avec la multiplication des usines dans le Nord et le Sud, environ 2,7 millions d’habitants ont laissé la capitale pour s’installer dans les régions. La Coalition lance la reconstruction de 3 villes : Port-au-Prince, Cayes et Cap-Ayitien, un méga projet de 127 milliards de dollars, piloté par les Emirats Arabes Unis et le Japon. Le nouveau système de cadastre adopté commence à être déjà enseigné dans les écoles. Depuis, Amazon s’est intéressé à Ayiti…

60 ans après la dissolution du Parlement, Ayiti est devenu un pays. Nos réserves pétrolières et en or, exploitées par une compagnie locale, nous ont garanti une économie stable et en croissance continue, loin devant la République voisine. Le pays a honoré ses derniers engagements, il y a 10 ans. Le taux d’alphabétisation atteint 92.5%. Quoique l’anglais soit devenu une langue officielle, le créole était enseigné dans les écoles d’autres pays de la Caraïbe. Il faut maintenant 13 gourdes pour 1 dollar. Notre armée de 42,000 soldats dispose d’un porte-avions, 67 chars d’assault, 18 avions de combat. L’avion présidentiel Ayitien est strictement maintenu par le Service d’Intelligence.

Beaucoup de dirigeants de mon époque sont passés de vie à trépas. Certains, dès lors qu’ils avaient appris qu’ils avaient été suspendus de prendre la parole en public pendant 10 ans. Mais ceux qui sont encore vivants ont aujourd’hui compris qu’ils étaient effectivement le mal de ce pays. J’ai été assez chanceux pour voir cet Ayiti dont tous on parlait à l’époque. Je me réjouis d’avoir été partie prenante de cette révolution. Et c’est avec un sentiment du devoir accompli que j’ai brièvement, mais objectivement relaté les faits… Pour la Vérité. Pour l’histoire.

C’es donc maintenant que je réalise la valeur réelle de notre devise nationale, qui avait été changée avec la Constitution de la Concertation, qui n’a jamais encore été amendée : “Tous unis, marchons d’un même pas.”

Aujourd’hui, à 86 ans, je suis prêt pour le grand voyage.

Max Guybert Lyron | Lecteur social, analyste, blogguer

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