Monday, September 23, 2019
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Réseaux sociaux et comptes officiels: un responsable au CEP démissionne

Une erreur de gestion qui doit interpeller le Gouvernement sur la nécessité d’une bonne gouvernance de l’Information De toutes les…

By Max Guybert Lyron , in Communication Gouvernance , at September 12, 2018 Tags: , , , , ,

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Une erreur de gestion qui doit interpeller le Gouvernement sur la nécessité d’une bonne gouvernance de l’Information

De toutes les correspondances internes/administratives qui circulent sur les réseaux sociaux relativement aux affaires publiques, une, en date du 11 septembre 2018 a retenu mon attention, justifiant ce billet dont la pertinence se démarque pourtant du contexte politique actuel (…)

Le responsable des réseaux sociaux du Conseil Electoral Provisoire (CEP) en effet, dans une lettre adressée au Président de l’Institution, s’est excusé d’avoir publié par erreur un message inapproprié sur le compte Twitter du CEP, ayant confondu son compte personnel avec celui de l’institution ; et par la même occasion, devant la gravité d’une telle erreur, a présenté sa démission au président de l’instance électorale.

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Le message publié par erreur sur le compte officiel du CEP le mardi 11 septembre 2018 à 10:35

Devant l’effritement des valeurs tant professionnelles que républicaines, je me permets de saluer cette démarche qui se révèle plutôt noble. Mais revenons sur ce malentendu qui survient pourtant assez souvent.

En 2016, une situation similaire est survenue avec le compte Twitter du Département Américain de la Justice. Quoique le message ait rapidement été supprimé, l’affaire, relayée par les médias internationaux (dont CNN) avait, en quelques minutes, fait le tour du monde.

Le Message publié par erreur sur le compte twitter du Département Américain de la Justice

Si l’erreur [involontaire] de ce responsable du CEP est logiquement répréhensible, il faut souligner qu’en dehors d’un cadre règlementaire interne (manuel de procédures), toute sanction subséquente risquerait d’être administrativement illégale. En effet, pour l’heure, aucun cadre normatif ne fixe les protocoles des communications numériques du Gouvernement.

Depuis plusieurs années, mon plaidoyer pour la régularisation et la sécurisation des échanges numériques peine à porter ses fruits. Face à cette situation aujourd’hui, je crois opportun de revenir à la Section 8 du Chapitre 2 de ce manuel que des experts, spécialistes et moi avions initié il y a quelques années :

  • Tous les supports mobiles (téléphones, tablettes, …) sur lesquels est connecté un compte officiel du Gouvernement, ou servant à publier des contenus pour le Gouvernement, doivent être la propriété de l’Etat, et hautement sécurisés. Leur détenteur a pour obligation de ne laisser ces supports à la portée d’aucun autre utilisateur.  Ces supports seront encryptés avec des codes de verrouillage en combinaison de chiffres, de lettres et de caractères spéciaux, difficiles à deviner même avec l’utilisation d’un PAO.
  • Les gestionnaires des comptes ont la responsabilité de s’assurer que leurs comptes personnels et surtout, ceux qu’ils gèrent pour le gouvernement, ne sont connectés à aucun autre appareil hors de leur possession.

Le caractère du message concerné par l’erreur est toutefois problématique. Ayant anticipé sur de pareilles situations, il a été proposé à la section 7 du même chapitre de statuer sur la position du fonctionnaire directement en charge de la gestion des comptes officiels:

  • Conformément aux articles 165 – 181 de la Loi sur la Fonction Publique relatifs aux « Devoirs et ogligations » des agents publics, les convictions politiques des gestionnaires de comptes officiels ne doivent en aucune façon orienter le caractère des publications. Par conséquent, tous ceux qui gèrent les comptes des réseaux et plateformes sociaux utilisés par le Gouvernement Haïtien sont enjoints d’adopter un comportement responsable, neutre, dans l’exercice de leurs fonctions.
  • En vue d’éviter toute marge de confusion dans la relation entre le dire et l’être, et en vertu du devoir de réserve imputable à tout fonctionnaire public, sur les comptes personnels des gestionnaires des réseaux et plateformes sociaux de l’État ne doit figurer aucune publication visant à porter atteinte à l’État, ni attirer l’attention de l’opinion publique sur des dossiers sensibles abordés par ou contre le Gouvernement.

Bien entendu, jugé non prioritaire, un tel projet a été écarté.

Aujourd’hui, à l’heure où l’évolution des TICs bat son plein, une Gouvernance responsable de l’information est incontournable pour la stabilité et le développement, étant qu’elle impacte directement l’écosystème socio politique autant que la société de l’information.

Le nouveau Gouvernement va-t-il répéter les erreurs du passé ?

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