Tuesday, December 10, 2019
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Le président démissionne: voici la suite des événements…

Cet article a été initialement publié dans les colonnes de La République par Max Guybert LYRON (Rubrique: Opinons) À quoi…

By Max Guybert Lyron , in Société , at September 27, 2019 Tags: , ,

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Cet article a été initialement publié dans les colonnes de La République par Max Guybert LYRON (Rubrique: Opinons)

À quoi devrions-nous nous attendre si effectivement Jovenel Moïse venait à démissionner ce soir?

Peyi lòk. Un concept auquel on s’est habitué depuis peu. Depuis les évènements du 6-7 juillet 2018, il faut convenir qu’on a appris à maîtriser ce processus. La revendication étant le départ du Président, à quoi devrions-nous nous attendre si effectivement Jovenel Moïse venait à démissionner ce soir ? Affrontons ensemble cet exercice difficile.

Ce serait une surprise. Si l’on se réfère aux faits antérieurs, la démarche classique est que le Président s’adresse à la nation à chaque fois que la tendance tend à dégénérer ; en particulier lorsque les intérêts du secteur des affaires sont sérieusement menacés. En dépit de tout, les solutions superficielles ont tout de même frayé la voie pour un calme apparent. Pourquoi cette fois différerait-elle des autres, lorsque l’on sait à quel point le chef de l’État n’en fait qu’à sa tête ? La démission serait donc, à un certain niveau, une bonne surprise.

Il n’y aurait pas de cessation immédiate des hostilités. Il y aurait fort probablement une très grande manifestation populaire. Cependant, il est envisageable de penser que ni la population, ni l’opposition n’accepteraient que le pays soit encore dirigé pendant plusieurs mois par un Conseil des Ministres constitué des ministres non seulement déjà démissionnaires, mais décriés. Ce serait probablement le début d’une nouvelle crise toute aussi complexe.

Beaucoup de proches du pouvoir chercheraient à quitter le pays au plus vite. Par crainte de ce qui suivra, beaucoup de proches du pouvoir iraient se réfugier à l’étranger avant que d’éventuelles interdictions ne les frappent, d’autant que les divergences viennent aussi de l’intérieur.

Plusieurs leaders de l’opposition voudraient s’approprier cette « victoire ». Il y aurait plusieurs figures de l’opposition à se réclamer de cette décision ultime. On peut par exemple anticiper et imaginer les discours des Sénateurs Youri Latortue, Joseph Lambert, de Me André Michel… se félicitant et remerciant la population pour être restée ferme à la barre. Classique.

La population désignerait son leader. L’application pure et simple de la Constitution amendée, dans ce contexte précis, n’est pas acquise. Si la décision finale en ce qui concerne qui doit diriger n’est pas [uniquement] entre les mains du peuple, il est possible que celui-ci propose manifestement le leader qu’il désire. Fort du contexte actuel, on pourrait s’attendre à ce que des personnalités comme Moïse Jean Charles ou Antonio Chéramy (Don Kato) soient ovationnées par la population.

La famille présidentielle pourrait être contrainte de laisser le pays au plus vite. Il y va de sa sécurité. La situation étant ce qu’elle est, ce serait de loin la décision la plus sage pour le Président et sa famille. Devant la gravité des dégâts (pertes en vies humaines, entreprises privées pillées et/ou parties en flammes), le mieux serait qu’elle soit placée en sécurité à l’extérieur. Une sage décision serait également que la démission soit prononcée après cette étape.

La possibilité d’une invasion militaire étrangère est à envisager. Contrairement à l’époque du Premier ministre Guy Lafontant, il n’existe pas de fusible qui puisse protéger la fonction présidentielle. En fonction du climat sécuritaire qui suivrait la démission, il est probable que les américains déploient leur armée au large des côtes de Port-au-Prince, question de confirmer leur hégémonie. Les dominicains qui récemment ont renforcé leur frontière terrestre, pourraient également en profiter pour faire une démonstration de force et de maturité.

Déclaration choc du Core Group ? Revirement en coup de théâtre de l’international ? Il existe encore une panoplie de possibilités ; il faudrait littéralement s’attendre à tout. Cet exercice nous montre toutefois que la situation est plus complexe qu’elle en a l’air. De toute évidence, qu’elle passe par la démission du Président ou autre chose, nous sommes au début de la fin d’une longue crise qui n’a que trop duré.

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